NON, l'art n'est pas (que) politique

L'autre jour, j'ai vu passer sur France Musique l'interview d'un chef d'orchestre qui défendait l'importance pour les artistes d'être engagés politiquement. Il s'appuyait sur l'hypothèse que « la musique apolitique, ça n'existerait pas », et qu'à ce titre on ne pourrait pas se permettre de ne pas se positionner.
En fait ça fait des années que la sphère musicale s'invite dans le débat politique, et les réseaux sociaux n'y sont pas pour rien. L'engagement est devenu tellement commun qu'on ne le remarque même plus, et la parole des artistes à fini par se dissoudre dans un bruit de fond dont elle devait justement, par sa singularité, réussir à s'extraire.
Personnellement, j'ai un vrai problème avec ça.
Évidemment que la musique, comme tout mode d'expression, peut être porteuse d'un message politique.
Évidemment que toutes les œuvres naissent dans un contexte, culturel, historique ou social, dont la connaissance nous permet d'en affiner la lecture.
Évidemment que le répertoire, même très ancien, peut proposer des réponses étonnamment modernes à nos interrogations.
Est-ce que tout ça justifie que la musique soit pensée comme une discipline politique par essence ? Pas vraiment.
À force de vouloir faire passer des messages, on ne cherche plus des réponses à nos questions, mais on cherche au contraire les bonnes questions à poser aux œuvres pour s'assurer d'aboutir aux réponses qu'on voudrait entendre. Et faire ça c'est courir le risque de commettre la plus haute trahison qui soit pour un interprète : forcer une œuvre à dire quelque chose qu'elle ne disait pas.
S'il y a des artistes qui se sentent concernés par une cause, et qu'ils veulent profiter de leur exposition publique pour lui donner plus de visibilité, grand bien leur fasse, et c'est même tout à leur honneur. Mais ça devrait rester un choix personnel, et pas l'injonction d'une fanbase ou de médias prêts à tout pour avoir le bon clip à mettre sur TikTok.
D'autant plus que, je sais pas vous, mais de mon côté je vois pas pourquoi le statut d'artiste nous rendrait forcément légitimes à parler de santé publique ou de politique internationale. Vous pouvez m'interroger si vous voulez mon avis, mais ma pratique musicale et ma petite exposition ne rendront pas ma parole plus pertinente que n'importe qui. Et je suis loin d'être le seul dans ce cas — mais encore faut-il le reconnaître.
Alors soyez libres de brandir tous les étendards que vous voudrez, mais pour l'amour du ciel, laissez-moi parler de musique et garder mes opinions dans ma tête : je vous les partagerai si j'en ai envie (d'ailleurs je viens de le faire), mais en dehors de ça, elles ne regardent que moi.

