Note d'intention
Une heure de musique pour découvrir l'orgue romantique français
La Belle Époque, période à la charnière entre romantisme et modernité, a fourni des pages parmi les plus célèbres et appréciées du répertoire musical.
Ce programme explore la naissance de l’orgue symphonique français et ses métamorphoses, d’Alexandre Guilmant à Jehan Alain, en dialogue avec l’univers orchestral de Maurice Ravel. Avec la Première Sonate de Guilmant, souvent considérée comme la première “symphonie pour orgue”, il met en lumière l’émergence d’un genre nouveau et de la nouvelle école d’orgue française.
Entre héritage romantique, couleurs impressionnistes et grand saut vers le XXe siècle, il propose une heure de musique pensée autant pour les organophiles avertis que pour les mélomanes curieux.
FORMAT RÉCITAL
Programme
Alexandre Guilmant
Première Sonate
Introduction et Allegro
Pastorale
Final
Jehan Alain
Suite
Introduction et variations
Scherzo
Choral
Maurice Ravel
(transcription de Thomas Ospital)
Ma Mère l'Oye
Pavane de la Belle au Bois dormant
Petit poucet
Laideronette, Impératrice des Pagodes
Les Entretiens de la Belle et la Bête
Le Jardin féérique
Commentaire
Au sortir de la défaite de 1870, les compositeurs français cherchent à répondre à une urgence quasi-politique : poser les bases d’une identité musicale française forte, affranchie de l’hégémonie allemande affirmée depuis le début du siècle. C’est ainsi que naît par exemple la Société Nationale de Musique, sous l’impulsion de Camille Saint-Saëns.
L’orgue, dès la décennie 1870, profitera de cet état de fait : sous l’impulsion de César Franck et du célèbre organier Aristide Cavaillé-Coll, la musique française s’inspirera abondamment des nouvelles couleurs orchestrales recherchées, pour fonder une nouvelle école d’orgue française dite “symphonique”. Le programme de ce concert propose une traversée de cette période florissante au travers de trois compositeurs.
Tout d’abord Alexandre Guilmant, dont la postérité l’a quelque peu laissé dans l’ombre de Franck malgré un apport considérable à l’orgue romantique. La Première Sonate, composée en 1874 dans une version pour orgue solo puis une autre pour orgue et orchestre, peut être considérée comme la première véritable “symphonie pour orgue”, inaugurant un genre nouveau et affirmant avec éclat la naissance de la nouvelle école d’orgue française.
A Monsieur Guilmant répondra Maurice Ravel, l’orchestrateur par excellence. Rien que par son titre, la suite de Ma Mère l’Oye convoque directement l’imaginaire des contes et de l’enfance, cher au compositeur, qui écrit d’abord sa suite pour le piano avant d’en livrer une version orchestrale. Si Ravel n’a malheureusement rien composé directement pour l’orgue, le raffinement de ses couleurs orchestrales inspirera nombre d’arrangeurs, dont Thomas Ospital qui livre cette version subtilement adaptée de l’orchestration originale.
Reliant les deux maîtres, Jehan Alain apparaît comme un subtil trait d’union. Compositeur à l’étonnante précocité, mort pour la France à 29 ans, Alain développe un langage musical très coloré, sans équivalent dans le paysage du XXe siècle. Sa Suite pour orgue, à l’origine composée pour quintette à cordes, est un témoignage évident de cette identité musicale française de la Belle Époque, puisant dans les genres anciens pour leur faire rencontrer des sonorités nouvelles.
Cette heure de musique à la charnière entre romantisme et musique moderne invite à découvrir l’orgue dans ce qu’il a de plus subtil et étonnant, des sonorités les plus délicates à la puissance ébouriffante d’un tutti d’orchestre. De quoi rendre un bel hommage aux instruments symphoniques et ravir tout autant les oreilles des organophiles avertis que des mélomanes curieux.
